Témoignage d’Arouna, maman de 4 magnifiques filles

L’arrivée de notre premier enfant

Mon mari et moi sommes ensemble depuis 1999. Après avoir bien profité de notre vie à 2 nous avons décidé, en 2007, d’arrêter la contraception et de « mettre en route » bébé. Coup de chance, je tombe enceinte le premier mois. Grossesse sans soucis particulier, accouchement par césarienne car bébé se présente en siège.
Par contre, grosse surprise à la naissance, Rose est toute petite (1kg800), retard de croissance qui n’a pas été détecté in utero. Elle est amenée en service de néonatalogie. C’était un passage compliqué … Bref, nous voici parents de notre première fille, magnifique.

Mon mari étant militaire, nous avons été mutés au fin fond de la Normandie quand Rose a eu 1 an. Nous sommes loin de nos familles et amis, bébé 2 attendra notre prochaine mutation.

De retour dans le sud, Rose a 4 ans. Je trouve un nouveau travail. On a toujours une raison pour remettre à plus tard : j’attends de signer mon CDI, on en profite pour voyager tous les 3. Et, on se dit que notre appartement est trop petit pour accueillir un enfant de plus …

Prêts pour un deuxième bébé

Le temps passe, Rose a 6 ans quand nous décidons d’arrêter la pilule. Et là, ça ne se passe pas comme la première fois. Pas de bébé en vue au bout d’un mois, de deux, puis trois…on se dit qu’on a vieilli, pas d’inquiétude, ça viendra plus tard. Au bout d’un an sans succès, je consulte ma gynécologue qui me dit que le délai est tout à fait normal et me conseille d’attendre encore un an avant de m’inquiéter. Ok pour moi, en attendant je fais une séance d’acupuncture, d’ostéopathie, je prends de l’homéopathie pour enlever le « blocage ».

Mais sans succès…tous les mois je fais un test de grossesse, tous les mois c’est la même déception. Moi qui ai l’habitude de tout réussir à contrôler dans ma vie, je commençais à douter de mon corps, de ma capacité à « fabriquer » un autre enfant. C’était même devenu source de tension dans mon couple. J’avais installé une application sur mon téléphone qui calcule la date d’ovulation, les périodes de fécondité… j’y notais tout : ma température au matin, mon humeur du jour, ce que je mangeais…ça ne laissait plus trop de place au romantisme.

Puis arrive la nouvelle mutation, nous partons en Nouvelle Caledonie. Je démissionne, et nous voilà partis tous les 3 au bout du monde. Sous les cocotiers la vie est plus cool c’est indéniable : je prends le temps de m’occuper de Rose, de mon mari, et surtout de moi. Je mets de côté tous les calculs et décide de profiter de cette vie à 3.

Je prends quand même rendez-vous chez un gynécologue spécialisé dans les problèmes de fertilité. Il nous fait faire des tests (bilans sanguins et spermogramme) tout est en ordre. J’ai donc rendez-vous quelques semaines plus tard pour mettre en place la PMA. Pendant ce temps, je trouve un emploi, de ce fait je ne peux me rendre au rendez-vous. On le décale, mais comme c’est un gynécologue réputé, les places sont rares et le rendez-vous est décalé de 2 mois.

Enfin enceinte !

Entre temps, alors que je ne m’y attendais plus, je tombe enfin enceinte. On dit souvent que ça arrive quand on lâche enfin prise, je ne peux qu’être d’accord avec ça ! Il nous a donc fallu attendre 33 mois en tout.

Grossesse parfaite, Rose est assez grande pour se débrouiller toute seule ; c’est un gros avantage. Je rencontre une super sage-femme, je fais de la sophrologie. L’accouchement se déroule par césarienne en clinique avec une équipe au top ! Et voilà, ma petite Sophia parfaite en tout point. Mes 2 filles ont quasiment 10 ans d’écart.

Dès la sortie de la maternité, se pose la question de la contraception. Mon mari et moi ne sommes pas contre l’idée d’avoir un 3eme enfant. Comme nous avons eu du mal à concevoir le 2eme et que, mine de rien, le temps passe, on est d’accord pour ne pas utiliser de contraceptif et, advienne que pourra !

Surprise : une troisième grossesse !

J’allaite Sophia. C’est un allaitement exclusif et tout se passe bien. Pas de retour de couches en vue, on me dit que c’est normal. Mon mari enchaîne les missions en mer, on fait notre vie à 3 avec Rose et Sophia. Quand il rentre pour les vacances, nous partons en road trip en Nouvelle Zélande, je fais les randonnées avec Sophia dans le porte-bébé. Elle a alors 11 mois. Je suis fatiguée mais on se dit que c’est normal car elle tète encore beaucoup. De retour à Nouméa, monsieur repart en mer. Je commence à avoir mal au ventre, Rose me dit que c’est à cause du fast-food de la veille qui est mal passé. Après 3 semaines de mission, mon mari rentre et trouve que j’ai bien maigri. Je suis contente que tout le monde le remarque à un apéro chez des amis le vendredi soir. En même temps, ça faisait plusieurs jours que j’avais mal aux seins et des douleurs comme des contractions alors que j’avais le ventre plat. Samedi matin, je vais quand même au laboratoire faire une prise de sang pour détecter une éventuelle grossesse (sans grand espoir). Et là, résultat positif, je suis de nouveau enceinte. Lundi matin, je vais en urgence à la clinique pour faire une échographie de datation : je suis enceinte de 4mois 1/2. Du jour au lendemain mon ventre a poussé, j’avais fait un déni de grossesse. Je revois mes amis le mercredi, personne n’en croit ses yeux.

Le gynécologue suit cette grossesse de près comme j’ai eu une césarienne juste un an avant et que cet accouchement se fera également par césarienne (la 3ème du coup). Après le choc de la nouvelle, le reste de la grossesse se passe plutôt bien même si c’est bien plus fatiguant avec un bébé d’un an que j’allaite encore. À cela s’ajoute les tracas de notre retour en France qui est décalé de 2 semaines à cause de l’accouchement prévu. Et puis ça passe assez vite quand il ne reste que 4 mois de grossesse !

La césarienne est programmée dans la même clinique que celle où j’ai accouché de Sophia. Tout se passe bien et voilà notre Angèle qui rejoint la famille. Le gynécologue me dit que mon utérus est très abîmé et qu’il faut qu’elle soit notre dernier bébé. Nous sommes d’accord pour nous dire que nous sommes comblés avec nos 3 filles. Je reprends donc la pilule dès ma sortie de la maternité. Sophia et Angèle ont 19 mois d’écart. Je les allaite toutes les deux.

Nous retraversons la planète pour revenir nous installer dans le même village que nous avions quitté 3 ans auparavant. Rose rentre au collège avec les mêmes copines. Je reste à la maison avec Sophia et Angèle. Le quotidien n’est pas de tout repos mais c’est du pur bonheur. Et puis surtout, quelle joie de voir les deux petites si complices et d’avoir une grande qui peut s’occuper d’elles et m’aider.

Je commence une formation pour devenir professeur des écoles, m’inscris au concours, le prépare quand j’ai 5 minutes de libre.

Incroyable : un quatrième bébé !

Sophia n’a pas encore 3 ans, Angèle a à peine plus d’un an. Elles se réveillent la nuit …

Notre niveau de fatigue est à son maximum.

Alors quand j’ai un jour de retard je n’imagine pas une seule seconde être enceinte. Alors, au bout de 5 jours, je fais quand même un test et là : coup de massue ! Comment est-ce possible alors que je suis sous pilule ? que j’ai alors 39 ans, que j’allaite encore Angèle et que nos moments de tranquillité en couple doivent se compter sur les 3 doigts d’une main ?

La question de garder ce bébé ou non se pose alors. Je ne sais pas si je serai capable de mener cette grossesse à terme : est-ce que mon corps supportera une 4ème césarienne? comment vais-je faire pour gérer 2 bébés à la maison si je ne suis pas au top physiquement? … Je suis perdue, je prends rendez-vous à l’hôpital pour interrompre cette grossesse, je ne pourrai pas assumer ce nouveau bébé. Ce n’est pas une question de moyens mais plus de capacité physique et émotionnelle. J’ai quelques jours pour y réfléchir encore, je suis partagée à 50/50. Mon mari prend alors la décision à ma place et me dit une chose très juste : « on ne regrettera pas si on garde le bébé, mais l’inverse oui ». Et il a eu tellement raison, je le remercie encore tous les jours.

Du fait de mon âge avancé et de mes antécédents, cette grossesse est considérée « à risques ». Heureusement, je trouve un gynécologue très compétent, très factuel et pas du tout dans le jugement. Comme tous les professionnels à qui j’ai eu à faire qui ont été dans l’empathie et la bienveillance. Finalement, la grossesse s’est plutôt bien passée, mon mari et mes enfants ont été aux petits soins pour moi. Comme quoi, on se fait des montagnes des choses qui ne se sont pas encore passées ! La césarienne est programmée 3 semaines avant le terme et ce n’était pas de trop car le bébé était si gros et grand que mon utérus a commencé à se déchirer au niveau de la cicatrice. Nous voici parents de 4 magnifiques filles. Eve est un bébé adorable, il ne manquait vraiment qu’elle dans notre vie ! Angèle et Eve ont 21 mois d’écart.
Bon concrètement, c’est la der des ders, je profite de la césarienne pour me faire ligaturer les trompes, finies les grossesses pour moi !

En bref : Que d’amour !

Il y a donc Rose 13 ans, Sophia 4 ans, Angèle 2 ans 1/2 et Eve 11 mois.

Je ne cache pas qu’avoir 4 enfants (dont 3 rapprochés) ce n’est pas facile tous les jours ! Mais, c’est tellement d’amour au quotidien qu’on oublie le bazar à la maison, la tonne de linge à laver tous les jours, la quantité astronomique de couches à changer, la dette de sommeil qui doit avoisiner le trou de la sécurité sociale, l’expédition à chaque fois qu’il faut prendre la voiture…

Je finirai juste en répétant ce que m’a dit une dame rencontrée en Nouvelle Calédonie : « la nature ne nous donne que ce qu’on est capable de recevoir ». A méditer…

Date de publication : 25 février 2021