À l’occasion de la journée mondiale de l’aide humanitaire célébrée le 19 août, nous sommes allés à la rencontre de quatre femmes toutes liées à l’AMREF, cette ONG qui vise à former des sages-femmes en Afrique. Elles ont ainsi accepté de nous parler de leur parcours, de cette vocation qu’elles ont véritablement choisie ainsi que de leur engagement pour leurs consœurs africaines.

Depuis 2014, Berceau Magique soutient la campagne Stand Up for African mothers et a ainsi participé à la formation de professionnels de santé dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Sandrine Brame, sage-femme référente nationale de l’AMREF

Sandrine Brame sage-femme référente nationale de l'AMREFComment vous est venue cette vocation ?

Comme tous les lycéens, j’ai réfléchi à la profession que je voulais exercer plus tard et je savais très bien qu’il s’agirait d’un métier lié à l’univers médical. Néanmoins, je ne voulais pas être médecin, cette profession étant beaucoup trop liée à la pathologie, la maladie, la mort. Très vite, en Première, j’ai su que je voulais devenir sage-femme. Je me souviens très bien du jour où j’ai annoncé à mes parents que je voulais exercer ce métier, car ma mère, très émue, m’a alors dit que mes deux arrières grands-mères avaient également exercé cette profession, chose que l’ignorais.

Où exercez-vous votre métier et depuis combien de temps ?

Cela fait 20 ans cette année que j’exerce ce métier, dans la maternité de l’hôpital de Lens, dans le Nord-Pas-de-Calais.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

Ce qui me plaît le plus, c’est le rapport humain, la diversité des rencontres et des sentiments. On rencontre les mamans durant toutes les phases de leur grossesse et c’est toujours très émouvant de voir l’évolution des patientes. On les voit arriver en tant que jeunes femmes dans leurs premiers mois de grossesse et on les observe se transformer, devenir maman. C’est magique et toujours très intense, d’autant plus que je travaille dans une maternité de type III, spécialisée dans le suivi des grossesses pathologiques.

Comment vous engagez-vous pour la campagne Stand Up for African mothers? En quoi la mobilisation des sages-femmes en France est-elle importante pour la formation de leur consœurs en Afrique ?

Lors d’un conseil avec l’Ordre national des sages-femmes où j’étais présente, on nous a présenté l’AMREF, et le but de cette campagne est rentré en écho avec un décès maternel survenu quelques semaines auparavant dans la maternité où je travaille. En prenant conscience du nombre astronomique de décès maternels et infantiles en Afrique, je me suis dit que ce drame n’était pas possible, que cela ne pouvait pas se passer aussi souvent. 80% des morts maternelles dans ces pays seraient évitables avec un accouchement accompagné par des professionnels de santé. Et très vite, je me suis engagée pour mobiliser le plus de monde à cette grande cause, en étant le relai de cette campagne internationale, au niveau du Nord-Pas-de-Calais. Ce qui me plaît dans cette campagne, c’est la pérennité de la prise en charge et de la mise en place du programme de formation, qui intègre toutes les problématiques identitaires du pays.
En 2013, j’ai mis en ligne une page Facebook : La page de ma sage-femme, pour créer du relai, pour montrer toutes nos actions visant à récolter des fonds et mobiliser des personnes souhaitant aussi s’investir dans cette campagne. J’ai ensuite écris aux journalistes presse et TV de la région et c’est comme cela que j’ai pu être interviewée par les journalistes de l’émission Santé Bonheur, pour parler de mon métier et surtout de la campagne. Pour moi, l’effort de passer à la TV était minime, mais l’enjeu, tellement important !
Par la suite, j’ai fait flocker des t-shirts vendus dans les maternités au personnel soignant, qui a permis de mobiliser mes collègues. J’ai aussi eu l’idée de faire un clip « Le MOJO des sages-femmes » et ai eu la chance de rencontrer Mathieu Chedid qui a adoré notre initiative, qui l’a ému et beaucoup touché.

En avril 2014, nous avons organisé un concert avec Nuno Resende qui a réuni 300 personnes près de Lille et qui a bénéficié de bons échos dans la presse TV et radio régionale. En mars 2016 a été organisé la grande mobilisation #Chti4africa sur la place de la République de Lille. Toutes ces mobilisations ne sont pas prêtes de s’arrêter et nous en avons encore plusieurs de prévues prochainement !

Pouvez-vous nous raconter votre implication sur le terrain aux côtés de l’équipe de l’AMREF ?

En 2015, j’ai participé à un voyage au Sénégal pendant 4 jours avec les ambassadrices officielles de la campagne (l’escrimeuse Laura Flessel, la comédienne Nadège Beausson-Diagne, la présentatrice Samira Ibrahim et la chanteuse Inna Modja) . Le but était de découvrir les écoles, les centres médicaux et les centres d’e-learning mis en place. Nous avons pu visiter ces lieux, consulter et dialoguer avec les mamans et le personnel médical.

Lors de sa visite à Paris, j’ai fait la rencontre d’Esther Madudu, sage-femme formée par l’AMREF, qui candidatait au prix Nobel de la Paix en 2015, que j’ai pu retrouver plus tard au Gala de Monaco. J’espère pouvoir aller la voir en Ouganda, seule ou avec l’équipe de l’AMREF, tant cette rencontre a été enrichissante.

Crédit photo : © Sandrine Brame

Margaux Latour, étudiante sage-femme à Lille

Margaux Latour portrait, étudiante sage-femmePourquoi avoir choisi de devenir sage-femme ?

Je souhaite être sage-femme depuis mes 12 ans… C’est plutôt le métier qui m’a tapé dans l’œil en premier, plus que l’univers du médical. Le fait que les patientes viennent à l’hôpital pour un heureux événement et non pas car elles sont « malades » est quelque chose de particulier et de très agréable. Une vraie relation peut se créer dans une atmosphère de joie.

En plus de cela, le côté organisation et technique me convenait tout à fait également.

Comment vous engagez-vous pour la campagne Stand Up for African mothers?

L’année dernière, nous avons connu la campagne car l’association de notre école de sages-femme avait reçu des kits et des tee-shirts de l’AMREF. En tant que vice-présidente Prévention Citoyenneté Solidarité, j’ai mis en place un système de vente aux étudiantes, afin de récolter des dons pour cette ONG.
Cette année, nous avons encore été  plus loin, grâce au partenariat réalisé avec le magazine Ch’ti. Tous les ans au mois d’avril, le temps d’un week-end, ce magazine qui recense les bons plans de la métropole, créé par des étudiants en commerce, est distribué. Chaque fois, une grande cause est honorée pour recevoir les dons récoltés durant ce weekend de fête. En 2016, l’AMREF a été choisie et avec la participation de sages-femmes et d’étudiantes sages-femmes, ainsi que tous les stands présents, nous avons pu récolter 21 590€ !

Dans quelques mois, je vais me rendre dans une maternité du Sénégal et j’aurais sûrement l’occasion de voir comment s’organise la formation des sages-femmes : j’en suis ravie !

Crédit photo : © Margaux Latour

Stéphanie Rieant, sage-femme, soutenant la campagne

Comment vous est venue cette vocation ?

Le déclic est venu à l’âge de 14 ans, lorsque j’ai rencontré au collège une sage-femme haïtienne qui nous a présenté son travail dans son pays !

Où exercez-vous votre métier et depuis combien de temps ?

J’exerce mon métier dans une maternité de proximité (niveau I), à Vitré, dans l’Ille-et-Vilaine depuis 16 ans.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Je dirais le contact privilégié avec les parents, la possibilité de partager un moment magique de la vie d’une famille, la prise en charge globale (qui est permise dans une petite structure comme la mienne) et la diversification du travail.

Comment vous engagez-vous pour la campagne Stand Up for African mothers? A quel type d’événements avez-vous participé ?

J’ai commencé à m’engager dans la campagne Stand Up for African mothers en mai 2015 en diffusant, auprès de mes contacts, des informations sur l’AMREF et cette campagne, en mettant des affiches sur mon lieu de travail, à la Protection Maternelle Infantile de mon secteur, auprès de collègues libéraux… J’ai participé à deux articles de presse locale pour présenter la campagne en octobre 2015, j’ai sollicité le collège de ma ville pour qu’il mène une action en faveur de cette campagne. En effet, les collégiens ont vendu des chocolats pour Noël et les bénéfices ont été reversés au profit de la formation des sages-femmes en Afrique.

Florence, sage-femme formée par l’AMREF au Sénégal

Florence sage-femme AMREFVous faites partie des 7 000 sages-femmes formées par l’AMREF. Pouvez-vous nous en parler ? Que va-t-elle changer pour les futures mamans que vous côtoyez ?

L’AMREF nous a formé à travers Internet, avec l’e-learning. Nous étions déjà des sages-femmes et des infirmiers en fonction, mais cette formation nous a permis d’être licenciés en soins infirmiers et obstétricaux. Ce nouveau statut fait référence à l’acquisition de nouvelles aptitudes et attitudes ainsi qu’une mise à jour ds connaissances pour faire évoluer le comportement à l’égard des patientes.

Ce programme permet une prise en charge bien meilleure des femmes enceintes (consultation prénatale recentrée, plan d’accouchement), une meilleure approche de la parturiente et une gestion de la troisième phase de l’accouchement.

Nous avons appris les méthodes de longue durée d’action pour la planification familiale (dispositif intra-utérin, implants, etc.). Grâce à cette formation, nous maîtrisons désormais l’informatique et l’utilisation d’Internet, ce qui nous a permis de revoir le curriculum de formation actuel. Pour résumer, nous avons beaucoup appris !

Crédit photo : Florence ©AMREF-Flying-Doctors

Date de publication : 3 mai 2016